The Economist: les «femmes trophées» ne sont plus à la mode
Notre analyse révèle que les écarts d'âge entre les couples les plus riches des États-Unis tendent à se réduire. La femme trophée est un élément incontournable de la culture populaire américaine. Des maîtres de l'univers dans «Le Bûcher des vanités» à Roger Sterling dans «Mad Men», les écrivains associent souvent des hommes riches et âgés à des femmes jeunes et glamour. De telles unions étaient autrefois courantes dans la vie réelle également. Un article publié en 2013 par un groupe de sociologues néerlandais s'est penché sur la liste «Forbes 400 – Les 400 Américains les plus riches». Les auteurs avaient alors constaté que les hommes figurant sur cette liste avaient en moyenne sept ans de plus que leurs épouses, alors que l'écart d'âge n'était que de deux ou trois ans dans l'ensemble de la population. Ceux qui s'étaient remariés avaient carrément des épouses de plus de 22 ans leurs cadettes. Aujourd'hui, notre analyse montre toutefois que ce phénomène est en train de disparaître. Après avoir compilé plusieurs années de données issues du recensement du Centre démographique de l'université du Minnesota, nous avons filtré l'échantillon, afin de n'inclure que les couples hétérosexuels mariés dont le mari déclarait un revenu. Nous avons ensuite classé les couples en fonction du revenu du mari, du plus pauvre au plus riche, et calculé la différence d'âge moyenne dans chaque groupe. Les résultats montrent qu'en 1980, un mari sur douze appartenant aux 1% les plus riches était marié à une femme d'au moins dix ans sa cadette, contre un sur dix-sept dans l'ensemble de l'échantillon. Ces dernières années, la situation a toutefois évolué. En 2024, le groupe le plus aisé ne différait plus de la moyenne. Les «maris trophées» semblent moins courants que ne le laissent parfois entendre certains articles sensationnalistes. Nos données montrent que plus les femmes gagnent, plus elles ont tendance à choisir des partenaires proches de leur âge. Seule une femme sur cinq aux revenus élevés recherche un «jeune amant», soit la même proportion que chez les femmes aux revenus plus modestes. D'ailleurs, jusqu'à récemment, les femmes appartenant aux 10% des ménages les plus aisés avaient tendance à épouser des hommes légèrement plus âgés. Les personnes aux revenus les plus faibles sont aujourd'hui plus susceptibles d'épouser une personne d'un âge différent. Près de 8% des hommes mariés aux revenus les plus bas ont au moins dix ans de plus que leur épouse, contre seulement 5% pour ceux aux revenus moyens. L'une des raisons pourrait être le niveau d'éducation. Les personnes qui passent plus de temps à l'école – et qui, de ce fait, perçoivent souvent des salaires plus élevés – fréquentent également, durant leurs meilleures années de vie amoureuse, des camarades de classe plus proches de leur âge. De nos jours, l'écart d'âge est moins un indicateur de richesse qu'un reflet du niveau d'éducation, des réseaux sociaux et de l'évolution des normes.