Macron fait passer sa réforme des retraites en force. Après des semaines de débats, Emmanuel Macron a eu recours à l'article 49.3 pour imposer l'impopulaire réforme des retraites. Mais l'opposition et les manifestants n'ont pas dit leur dernier mot. Ton opinion La CGT Energie (FNME-CGT) a promis mardi, de nouvelles «coupures ciblées» dans le cadre de la lutte contre la réforme des retraites, au lendemain de son adoption au Parlement. «On ira encore aussi vers des coupures, des coupures ciblées, ce qu’on appelle nous la sobriété énergétique, parce que ça, en soi, c’est s’attaquer au capital, à ceux qui nous gouvernent, à ceux qui sont pour la loi», a déclaré le secrétaire général de la FNME-CGT, Sébastien Menesplier, lors d’une visite, mardi matin, sur le piquet de grève de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord). «On va leur montrer qu’on est mobilisés et qu’on est déterminés», a-t-il ajouté. «La colère est grande». Les grévistes du secteur multiplient depuis le début du conflit les coupures électriques, contre les permanences parlementaires – jusqu’à celle du président du Sénat Gérard Larcher - ou les domiciles de responsables politiques, mais aussi à plus large échelle. Récemment, 43'000 foyers ont été temporairement privés de courant dans le Var ou encore 32'000 dans les Ardennes. Près de 300 personnes (287), dont 234 à Paris, ont été interpellées, lundi soir en France, lors de manifestations contre l’adoption de la réforme des retraites, après le recours au 49.3, a-t-on appris, mardi, de source policière. A Paris, où les manifestants par petits groupes mobiles ont déambulé dans les arrondissements du centre en brûlant poubelles, vélos et divers objets. Les sapeurs-pompiers sont intervenus 240 fois, selon cette source policière. Très attendu sur les tensions sociales et politiques suscitées par sa réforme des retraites, Emmanuel Macron s’exprimera sur les chaîne TF1 et France 2, mercredi, lors d’une interview en direct à 13 heures, a annoncé mardi la présidence française. L’interview du chef de l’Etat français interviendra après l’adoption définitive, lundi, par le Parlement de cette réforme très contestée et une journée de consultations de son camp ce mardi par le président, sur fond de poursuite des manifestations. Le ministère de la Transition énergétique a annoncé mardi, la réquisition de «trois salariés par relève» au dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer «face à l’aggravation des tensions d’approvisionnement dans les Bouches-du-Rhône», conséquence des grèves contre la réforme des retraites. «La réquisition est valable pendant 48h en tant que de besoin, à compter du 21 mars» et concerne «des personnels indispensables au fonctionnement du dépôt» qui approvisionne la région PACA et l’Est de la région Occitanie en carburants, a précisé le ministère, dans un communiqué. La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a demandé aux compagnies aériennes d’annuler mardi et mercredi 20% de leurs vols à Paris-Orly et à Marseille-Provence (sud-est), en raison du mouvement de grève des contrôleurs aériens contre la réforme des retraites. «En dépit de ces mesures préventives, des perturbations et des retards sont néanmoins à prévoir», souligne l’autorité de l’aviation civile, lundi, dans un communiqué. Le taux d’annulation est sensiblement inférieur aux réductions de 30% des vols à Paris-Orly et 20% à Marseille demandés pour lundi par les autorités. Les demandes de réduction du trafic sont quasi quotidiennes depuis plusieurs semaines, principalement dans ces deux aéroports où une partie des aiguilleurs du ciel se sont joints au mouvement de protestation contre le projet de réforme des retraites porté par le gouvernement. Plusieurs manifestations pour s’opposer à la réforme des retraites causent lundi de grandes perturbations du trafic à Rennes et ailleurs en Bretagne, tandis qu’un important dépôt pétrolier est bloqué à Vern-sur-Seiche, a-t-on appris auprès de la préfecture et de la CGT. Une opération «ville morte» a été lancée pour ce lundi à Rennes, sur les réseaux sociaux, notamment étudiants, alors que Rennes connaît de très nombreuses manifestations et aussi des dégradations, voire des violences, depuis le début de la contestation contre l’impopulaire réforme des retraites. Sur la rocade sud, des feux de palettes bloquent la circulation, d’après la préfecture. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent d’importants feux et des colonnes de fumée sur la chaussée. Des perturbations affectent également la circulation de certaines lignes de bus de la capitale bretonne, selon le gestionnaire du réseau Star. Au sud de la ville, le dépôt pétrolier de Vern-sur-Seiche «est bloqué», selon Eric Sellini, responsable national de la CGT Chimie. Le régime des retraites sera à l’équilibre en 2030, grâce à la lutte contre la fraude et à des transferts entre branches de la sécurité sociale, a répété lundi, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Malgré sept milliards d’euros de «mesures d’accompagnement social», «je garantis qu’en 2030, le régime des retraites sera à l’équilibre financier», a assuré sur RMC/BFM TV le ministre. «Le financement sera garanti pour qu’en 2030 il y ait l’équilibre financier, soit par la lutte contre les fraudes soit par le transfert de la branche des accidents du travail vers la branche vieillesse», a détaillé Bruno Le Maire, qui s’est exprimé quelques heures avant la mise au vote de deux motions de censure à l’Assemblée nationale, le gouvernement ayant choisi de ne pas soumettre la réforme au vote des députés. Le budget de sept milliards alloués aux mesures d’accompagnement est «généreux» et «nécessaire», a insisté Bruno Le Maire. Quelques centaines de personnes se sont rassemblées dimanche aux Halles, au coeur de Paris en fin d’après-midi, scandant pour la quatrième soirée consécutive dans la capitale des slogans visant Macron et la police et rejetant l’usage du 49.3 pour faire adopter la réforme des retraites. Commencé vers 18h00 dans ce quartier commerçant et très fréquenté, le rassemblement s’est déroulé dans le calme, selon une journaliste de l’AFP sur place. Selon une source policière, le rassemblement, auquel ont participé 350 personnes, n’avait pas été déclaré. Une tentative de départ en cortège sauvage a été empêchée par les forces de l’ordre et 17 personnes ont été interpellées. Le président Emmanuel Macron a assuré dimanche soir de «la mobilisation du gouvernement pour que tout soit mis en oeuvre» afin de «protéger» les parlementaires menacés par des opposants à la réforme des retraites, dans un message de l’Élysée transmis à l’AFP. Le président de la République a appelé le président du Sénat Gérard Larcher et la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet pour «réaffirmer son soutien au Parlement et à l’ensemble de ses parlementaires tout comme la mobilisation du gouvernement pour que tout soit mis en oeuvre pour les protéger», a indiqué l’Élysée. Le président Emmanuel Macron a émis le souhait dimanche que la réforme des retraites, qui sera adoptée définitivement lundi si les deux motions de censure visant le gouvernement d’Elisabeth Borne sont rejetées, «puisse aller au bout de son cheminement démocratique». «Après des mois de concertations politique et sociale et plus de 170 heures de débat qui ont abouti sur le vote d’un texte de compromis entre le Sénat et l’Assemblée nationale, le président de la République a exprimé aux deux présidents (du Sénat et de l’Assemblée, ndlr) son souhait que le texte sur les retraites puisse aller au bout de son cheminement démocratique dans le respect de tous», a indiqué l’Élysée dans un message transmis à l’AFP. Le gouvernement français est monté au créneau dimanche pour défendre la décision décriée de passer en force sur la réforme des retraites, à la veille d’un «moment de vérité» où il devra surmonter deux motions de censure à l’Assemblée nationale. «Ce sera un moment de vérité. La réforme des retraites, vaut-elle oui ou non, la chute du gouvernement et le désordre politique? La réponse est clairement «non»», a certifié le ministre de l’Economie et poids lourd du gouvernement, Bruno Le Maire, dans le quotidien «Le Parisien». En première ligne sur le dossier des retraites, le ministre du Travail Olivier Dussopt a, lui, assuré ne pas croire à une union des oppositions de gauche, de droite et d’extrême droite autour d’une motion de censure. «Tant que la réforme à 64 ans est proposée, il faut continuer» la mobilisation sur les retraites, a jugé dimanche Jean-Luc Mélenchon, tout en prévenant que «le pouvoir compte sur les débordements pour jouir d’une situation de peur». «La lutte va continuer quel que soit le résultat» des motions de censure qui seront examinées lundi à l’Assemblée nationale, a précisé le leader de La France Insoumise (LFI) au Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro, rappelant que «les syndicats unis ont appelé à des actions toute la semaine et à une grande manifestation jeudi». «Je ne dirai jamais qu’il faut arrêter la mobilisation, tant que la réforme à 64 ans est proposée, il faut continuer», a-t-il insisté. Interrogé sur les violences, il a souligné que «pas une seule fois, ce texte n’a acquis quelque forme que ce soit de légitimité parlementaire». La permanence d’Eric Ciotti à Nice a été caillassée dans la nuit de samedi à dimanche pour «faire pression» et qu’il vote lundi la motion de censure sur la réforme des retraites, a rapporté le président des Républicains, et d’autres permanences d’élus de la majorité ont été visées. «Cette nuit ma permanence a été caillassée. Les nervis qui ont fait ça veulent par la violence faire pression sur mon vote lundi», a écrit le député des Alpes-Maritimes sur Twitter, photos à l’appui. On y voit une des vitrines en morceaux et l’inscription «la motion ou le pavé». Il a déposé plainte. Une enquête a été ouverte, a indiqué la préfecture à l’AFP. Barricades, feux de poubelles et d’abribus, jets de projectiles: le quartier de la Place d’Italie à Paris a été samedi soir le théâtre de heurts avec la police et de dizaine d’arrestations, en marge d’une manifestation dénonçant l’usage du 49.3 pour faire passer la réforme des retraites. Selon une source policière, 81 personnes ont été arrêtées sur la place d’Italie ou alentour. Il s’agit de la troisième soirée de tensions dans la capitale, depuis l’annonce jeudi du recours par Elisabeth Borne à l’article 49.3 de la Constitution qui permet l’adoption d’un texte sans vote, sauf motion de censure. Peu après 21h30, le canon à eau a entraîné la dispersion d’une grande partie des manifestants. Les opposants à la réforme des retraites en France ont continué samedi à exprimer leur colère avec de nouveaux rassemblements, deux jours après la décision de l’exécutif de passer en force au Parlement. La crainte d’une radicalisation de la contestation avait conduit les autorités à interdire tout rassemblement sur la place parisienne de la Concorde, où des heurts ont éclaté jeudi et vendredi au soir. Les manifestants parisiens, 4000 environ selon une source policière, se sont repliés sur la place d’Italie, dans le sud-est de la capitale. Des incidents commençaient à se produire en début de soirée: feux de poubelles, abris-bus saccagés etc. Face aux casseurs, les organisateurs ont décidé la dissolution de la manifestation. «Que nous reste-t-il à part continuer à manifester ? On n’a que la mobilisation, qui était pacifique jusqu’au 49.3. Mais maintenant, ça va potentiellement mettre de la tension sociale partout», a indiqué Romain Morizot, 33 ans, ingénieur télécom dans l’aviation, croisé dans le cortège à Marseille. Des rassemblements se sont également tenus un peu partout dans le pays, à Brest, Toulon ou Montpellier. La mairie de Paris a constaté une «stabilisation» du volume des déchets non ramassés dans la capitale samedi, au treizième jour de grève contre la réforme des retraites, alors que des camions-bennes réquisitionnés collectaient les ordures selon la préfecture. Vendredi, la mairie avait estimé que 10'000 tonnes de déchets étaient en attente de collecte sur les trottoirs parisiens. Après le refus de la maire PS Anne Hidalgo, soutien du mouvement social, de demander la réquisition au préfet de police, ce dernier avait signé jeudi la réquisition d’agents pour évacuer les ordures. L’arrêt des installations de la raffinerie TotalEnergies de Normandie «a débuté vendredi soir», a déclaré samedi à l’AFP le secrétaire général CGT de la plus importante raffinerie du pays, Alexis Antonioli. «Les unités s’arrêtent depuis hier soir», a-t-il ajouté. Cette mise à l’arrêt prendra toutefois plusieurs jours et ne devrait pas provoquer de pénuries de carburant immédiates dans les stations-service du pays. L’arrêt des expéditions par les grévistes engendre «de fait l’arrêt des installations», a poursuivi Alexis Antonioli, «les stocks étant déjà pleins» sur le site de la raffinerie. Les rassemblements contre la réforme des retraites place de la Concorde et sur les Champs-Elysées à Paris ont été interdits samedi par la préfecture de police, après deux soirées de manifestations émaillées d’incidents. Ces lieux se situent près de l’Assemblée nationale et du palais présidentiel de l’Elysée. «En raison de risques sérieux de troubles à l’ordre et à la sécurité publics (...) tout rassemblement sur la voie publique place de la Concorde et à ses abords ainsi que dans le secteur de l’avenue des Champs-Élysées est interdit», a déclaré la préfecture. «Les personnes qui tenteraient de s’y regrouper seront systématiquement évincées par les forces de l’ordre» et pourront être verbalisées, a ajouté la même source. A Besançon (Doubs), 300 manifestants ont allumé un brasero samedi matin et certains y ont brûlé leur carte d’électeur, selon un correspondant de l’AFP. «Que vais-je répondre à des jeunes qui me disent 'voter ça sert à rien'? Moi, j’ai élu mon député et il est privé de vote. On est en plein déni démocratique», déclare Nathalie, trentenaire, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille. «Je brûle aujourd’hui ma carte d’électeur symboliquement parce que M. Macron vient de nous prouver que ça ne servait à rien». La mairie du 4ème arrondissement de Lyon a été prise pour cible vendredi soir lors d’un rassemblement contre le projet de réforme des retraites, qui a donné lieu à d’autres tensions dans le centre-ville. Partis du centre de Lyon en début de soirée, où ils étaient quelques centaines, ces jeunes gens majoritairement militants d’extrême gauche ont ensuite joué au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, se partageant en petits groupes dans des rues étroites, a constaté une journaliste de l’AFP.