Conflit en Iran: Les alliés des USA en Asie entraînés dans la guerre en Iran? - 20 minutes
Ils craignent que l'Oncle Sam ne les abandonne s'ils ne combattent pas. Après avoir semé le chaos sur les marchés énergétiques mondiaux en attaquant l'Iran, Donald Trump a commencé à exiger des alliés des États-Unis à travers le monde qu'ils contribuent à l'ouverture du détroit d'Ormuz. Dans une publication sur ses réseaux sociaux le 14 mars, le président américain a cité des alliés asiatiques, dont le Japon et la Corée du Sud, parmi les puissances étrangères dont il espérait qu'elles enverraient des navires dans le Golfe. Et pas seulement des alliés: «Je pense que la Chine devrait aussi apporter son aide», a-t-il déclaré au «Financial Times». Apparemment irrité par le manque d'enthousiasme, Donald Trump a semblé faire volte-face quelques jours plus tard; il a insisté sur le fait que l'Amérique n'a «besoin de l'aide de personne». Mais personne ne croit vraiment que cela marque la fin du débat. «Je pense que la Chine devrait aussi apporter son aide» Une aide chinoise est inimaginable. À l'instar de l'Inde et de la Turquie, la Chine semble avoir conclu un accord avec l'Iran, afin de maintenir, dans une certaine mesure, les lignes d'approvisionnement ouvertes, notamment pour le pétrole. Pourtant, les cinq alliés asiatiques des États-Unis sont confrontés à un dilemme plus douloureux. La menace iranienne d'attaquer les navires à proximité du détroit d'Ormuz perturbe gravement l'approvisionnement énergétique de l'Australie, du Japon, des Philippines, de la Corée du Sud et de la Thaïlande. Ces pays craignent de voir leurs forces armées entraînées dans un conflit lointain. Mais ils redoutent également d'être abandonnés par les États-Unis, surtout si l'administration Trump, si imprévisible, estime qu'ils ne contribuent pas suffisamment à l'effort collectif. Depuis le début du conflit, l'Australie a déployé un avion de commandement et de contrôle ainsi que des missiles air-air au Moyen-Orient. Elle a toutefois pris soin de présenter sa riposte comme une contribution à la défense des Émirats arabes unis (où résident de nombreux Australiens) plutôt que comme un soutien à l'effort de guerre américain. La Corée du Sud dispose d'une unité antipiraterie, l'unité Cheonghae, qui opère dans le golfe d'Aden. Mais tout redéploiement de cette unité, ou d'autres, pourrait nécessiter l'approbation du Parlement. «Trump, qui a mis le feu aux poudres, envoie à la Corée du Sud la facture des pompiers» Une vague d'indignation publique s'est déjà manifestée contre de telles propositions. «Envoyer des navires de guerre sud-coréens, c'est ni plus ni moins qu'une mobilisation militaire en soutien à la guerre d'agression», a déclaré la Confédération coréenne des syndicats. «Trump, qui a mis le feu aux poudres, envoie à la Corée du Sud la facture des pompiers», titrait ironiquement le «JoongAng», un quotidien sud-coréen. Peu de dirigeants asiatiques seront soumis à une pression aussi forte pour intervenir que Sanae Takaichi, Première ministre japonaise. Le Japon dispose de dragueurs de mines qui pourraient contribuer à ouvrir le détroit d'Ormuz. Cependant, les sondages indiquent que 80% des Japonais s'opposent à ce conflit. La constitution pacifiste du Japon soulève également des questions délicates. Les lois adoptées en 2015 par feu Shinzo Abe, alors Premier ministre, autorisent le gouvernement à recourir à la «légitime défense collective» au-delà de ses frontières. Les opérations de déminage dans le détroit d'Ormuz figuraient parmi les scénarios débattus au Parlement à l'époque. Mais, interrogé par les chefs de l'opposition sur la possibilité que le Japon aide les États-Unis en cas de frappe préventive déclenchant une guerre, Shinzo Abe avait écarté cette éventualité: «Le Japon ne soutiendrait pas un tel pays», avait-il déclaré. Les alliés des États-Unis en Asie pourraient néanmoins se sentir obligés de répondre à l'appel de Donald Trump. Ce dernier menace depuis longtemps de retirer le soutien américain aux alliés qui ne verseraient pas de tribut aux États-Unis. Les alliés asiatiques versent chaque année des milliards de dollars pour garantir les engagements américains en matière de sécurité. Et lors des récentes tensions concernant les droits de douane imposés par Donald Trump, ils se sont engagés à injecter plus de mille milliards de dollars dans l'économie américaine. Ils craignent désormais que les forces américaines actuellement stationnées en Asie ne soient redéployées au Moyen-Orient, quoi qu'il arrive. Une unité expéditionnaire de Marines américains basée au Japon a déjà entamé son déploiement à grande vitesse vers le Golfe. La dernière fois qu'elle a quitté le Pacifique – laissant l'Asie sans force d'intervention américaine – remonte à 2004, pendant la guerre en Irak. Les États-Unis ont également redéployé des missiles intercepteurs Patriot et des éléments du système de défense antimissile THAAD basé en Corée du Sud. Il est possible que l'importance de ces mouvements soit surestimée. L'unité expéditionnaire est d'une conception ancienne, et non du type moderne qui serait le plus utile pour prévenir une attaque chinoise contre Taïwan. De plus, les experts affirment que les États-Unis peuvent continuer à dissuader la Corée du Nord sans le système THAAD. Néanmoins, ces redéploiements alimentent de sérieux doutes quant à l'engagement américain dans la région. Le président sud-coréen Lee Jae-myung a exprimé sa déception face au retrait des armes américaines de son pays. Lors du déploiement initial du système THAAD en Corée du Sud en 2017, la Chine avait vivement réagi. Le gouvernement chinois avait alors appelé les consommateurs à boycotter les produits et services sud-coréens, entraînant d'importantes pertes économiques. Malgré les coûts, la Corée du Sud avait maintenu sa position et le système THAAD était resté sur place. Or, des éléments de ce système ont soudainement été démantelés. «Force est de constater que nous ne pouvons pas toujours obtenir ce que nous voulons», a déclaré Lee Jae-myung aux ministres réunis en conseil des ministres. Taïwan se trouve peut-être dans la situation la plus précaire. Les États-Unis ne sont pas tenus par traité de défendre l'île, contrairement à d'autres alliés asiatiques. Ils se sont cependant engagés de longue date à dissuader toute attaque chinoise en vendant à Taïwan des armes pour son autodéfense, un engagement inscrit dans le droit américain. Le gouvernement taïwanais craint désormais que le conflit au Moyen-Orient ne retarde la livraison des armes commandées aux États-Unis, notamment celles utilisées par les États-Unis et Israël dans leur lutte contre l'Iran, comme les systèmes de défense antimissiles Patriot. En 2022, Taïwan a approuvé l'achat d'une centaine de missiles PAC-3 MSE (les intercepteurs Patriot les plus modernes), dont la livraison est prévue en 2025 et 2026. Le pays a également commandé des missiles intercepteurs NASAMS et des lance-roquettes HIMARS. Nombre de ces achats visent à renforcer les défenses taïwanaises d'ici 2027, année à laquelle, selon les responsables américains, le président chinois Xi Jinping a ordonné à ses forces armées de se tenir prêtes à une attaque ou un blocus de Taïwan. Tout retard dans la livraison de ces armements aurait des répercussions sur la planification militaire taïwanaise et pourrait gravement nuire au moral de la population. Tout cela incite les alliés asiatiques à réfléchir à leur plan B. «Si nous comptons sur les autres, il y a un risque qu’ils ne tiennent pas leurs promesses», a prévenu, la semaine dernière, le Premier ministre sud-coréen Lee Jae-myung face à ses ministres. «Nous devons toujours nous demander ce que nous ferons si le soutien extérieur venait à disparaître pour une raison ou une autre.» Source: Economist.com, traduction 20 Minutes, publiée sous licence. L’article original, en anglais, est disponible sur www.economist.com. Ton opinion Solitaire Mots fléchés Sudoku Mahjong Bubbles Snake Échecs eXchange Power of 2 Doubles Cuboro Riddles SudoKen Street Fibonacci Gumblast Reste au courant.
